Les trois délais entraînant la mortalité maternelle

pregnant woman  seeking medical care
Photograph information - 2579-6 Nepal - Credit: (c) 1997 CEDPA/Nepal, Courtesy of Photoshare

« La plupart des gens ne sont même pas au courant de la façon de déterminer les complications du travail et de l’accouchement et les hommes à titre de chefs des foyers ne sont pas sensibilisés à l’importance de l’accès à une personne qualifée pendant l’accouchement, ou ils sont trop pauves et n’ont pas les moyens de s’acquitter des frais relatifs à l’accouchement. »

Environ 560 000 femmes décèdent des suites de la grossesse et de l’accouchement tous les ans. On peut éviter ces décès. Bon nombre de facteurs influencent le fait qu’une femme sera en mesure ou non d’avoir accès au traitement nécessaire pour sauver sa vie. Ce compte rendu en photo explore l’approche des « trois délais » relative au décès maternel.

Rita is expelled from school
411-4 Zimbabwe - Credit: (c) 1988 Media for Development International, Courtesy of Photoshare

Dans les années 1990, D. Maine a rédigé un article important intitulé Too Far to Walk: Maternal Mortality in Context. En s’attardant à des cas de décès maternel, le chercheur a pu déterminer les trois délais qui déterminent souvent si une femme connaissant des complications à l’accouchement survivra. Ce cadre de travail conceptuel revêt une grande importance pour comprendre pourquoi les femmes décèdent de complications évitables liées à la grossesse.

Les délais se déterminent comme suit :

  1. délai en ce qui concerne la décision de chercher à obtenir des soins;
  2. délai en ce qui concerne l’atteinte d’un établissement obstétrical approprié;
  3. délai en ce qui concerne l’obtention d’un traitement adéquat et approprié une fois que l’on a atteint un tel établissement.
A man pushes a pregnant woman in a wheelbarrow
433-10 Lusaka, Zambia - Credit: (c) 2001 CCP, Courtesy of Photoshare
Un homme transporte d’urgence une  femme enceinte dans une brouette vers une clinique de la Zambie.

On reconnaît que plus on aborde chaque délai rapidement, plus la mère et son nouveau-né ont des chances de survie et seront en mesure de vivre exempts de lésions à long terme.

Prendre la décision de chercher à obtenir des soins lorsque des complications surviennent pendant l’accouchement peut être plus compliqué qu’il ne semble. D’abord, la femme enceinte, le soignant ou le membre de la famille doit avoir la capacité de discerner une complication obstétricale. Renseigner les gens sur le fait que de l’aide et des traitements existent en cas de problèmes peut également consistuer un défi.

Woman on donkey in Afganistan
Photo M. Crangle

Même si la femme enceinte ou le soignant reconnaît la nécessité d’obtenir des soins médicaux, l’accès à des soins à l’extérieur de la maison pourrait ne pas être le choix privilégié de la femme enceinte. Des facteurs culturels et sociétaux pourraient compliquer le processus. Une femme pourrait ne pas exercer beaucoup d’influence au sein de la famille; elle pourrait devoir obtenir la permission de son mari, de sa belle-mère ou des autres épouses plus âgées de son mari pour avoir accès à des soins. Des normes sociétales profondément ancrées ou des attentes envers l’accouchement peuvent également nuire au processus, par exemple le fait que les femmes doivent demeurer silencieuses pendant le travail.

« La femme ne peut décider elle-même de se rendre à l’hôpital en raison des pressions familiales », explique Sadou. Ses parents pourraient refuser de l’écouter lorsque les contractions sont en cours. La tradition veut qu’elle ne démontre aucune douleur. En bout de ligne, son bébé peut mourir et elle sera lésée. »

Salamatou Traoré, directeur de Dimol

the delay to reach proper medical services
 

Le deuxième délai est celui qui concerne l’atteinte d’un établissement obstétrical approprié. Dès que la décision est prise d’avoir accès à des soins de qualité, le trajet vers l’établissement ou la prise en charge par un fournisseur de soins qualifié peut présenter une difficulté énorme. La communication et le transport sont des obstacles considérables à l’accès à des soins qui permettront de sauver la vie d’une femme.

« J’ai pensé rassembler un nombre suffisant de personnes pour la transporter à la clinique, mais il n’y avait personne autour, » raconte son mari. « Après son décès, j’ai ressenti de la tristesse pendant longtemps. Je ne pouvais plus travailler. Les enfants ont aussi beaucoup souffert. Nous avons survécu grâce aux contributions de l’église. »

Bumpy road
 

Ce peut être la nuit; les routes sont souvent impardonnables en raison des options de transport limitées. La température constitue également un facteur, surtout dans les pays qui connaissent la saison des moussons, des chutes de neige abondantes et une chaleur extrême. Les chevaux, les ânes, les vélos avec petites remorques, la marche et le transport par la famille et les amis sont des moyens courants pour obtenir des soins médicaux dans les pays aux ressources restreintes, surtout en région rurale. Les contraintes financières peuvent également rendre difficile le transport nécessaire à une famille pour se rendre à un établissement médical.

Women sit on a bed without a mattress
426-15 Uganda - Credit: (c) 2001 Harvey Nelson, Courtesy of Photoshare
Centre de santé Buwenge du district Jinja en Ouganda

« Elle s’est mise à saigner abondamment juste après les prières du soir [17 h]....nous l’avons emmené sur la route principale [une route goudronnée] pour obtenir du transport. Nous y sommes restés jusqu’à minuit, mais n’avons pu obtenir de transport. Tous les véhicules qui y sont passés étaient pleins. Nous sommes retournés à la maison et nous nous sommes réveillés tôt le lendemain pour avoir de la place dans les premiers véhicules ».

http://www.reproductive-health-journal.com/
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medical personnel
Photo : Centre de santé Buwenge du district Jinja en Ouganda

Après avoir décidé d’obtenir des soins et de se rendre à un centre médical, l’accès à des soins de qualité à l’établissement de soins de santé est un autre délai pouvant menacer la vie d’une femme. Ce délai dépend de plusieurs facteurs, comme le nombre de membres du personnel et le niveau de compétences; la disponibilité des médicaments, des fournitures et des produits du sang; et la condition générale de l’établissement. Des femmes ont également déclaré avoir subi des préjudices et des mauvais traitements de la part du personnel médical, ce qui contribue à leur hésitation à se rendre à des centres médicaux.


 

Les autres délais peuvent être attribuables à du personnel débordé qui n’est pas en mesure de prendre en charge une femme de façon ponctuelle et à l’incapacité pour la femme d’avoir accès à des soins médicaux appropriés. Les membres du personnel pourraient ne pas connaître le traitement approprié à prodiguer ou l’hôpital pourrait ne pas avoir de protocoles de soins en place. Dans les milieux aux ressources restreintes ou dans les zones conflictuelles, les hôpitaux pourraient ne pas avoir l’accès normal à de l’eau potable et à l’électricité. Bon nombre de patientes en milieu rural auraient besoin d’être transportées en milieu urbain pour subir des procédures comme des transfusions sanguines ou des césariennes. À son arrivée au centre médical, la femme peut se heurter à une porte close, à un manque de personnel, à une pénurie de sang ou d’autres fournitures médicales essentielles. On s’attend souvent à ce que les patientes acquittent les frais de leurs médicaments et des produits du sang dont elles ont besoin. Cela peut être impossible pour une famille qui vient de dépenser toutes ses économies dans le transport vers le centre de santé. Même lorsqu’une famille a les fonds nécessaires, elle peut être confrontée à des pénuries ou au fait que la pharmacie est fermée au moment où les fournitures sont nécessaires.

Transport in truck
 

« Comme elle saignait abondamment à la maison, nous l’avons emmenée au centre de santé. À notre arrivée, on nous a dit qu’elle avait un urgent besoin de sang, mais le centre ne disposait d’ aucune réserve de sang. On l’a alors transférée à l’hôpital, à 60 km plus loin. À l’hôpital, la réserve de sang était épuisée. Elle est arrivée à l’hôpital en milieu de journée et y est restée jusqu’au jour suivant, mais n’avait toujours pas reçu de transfusion sanguine. Elle est morte en fin de soirée. »

ambulance
 

« Nous l’avons emmenée jusqu’au centre de santé du village...une infirmière l’a examinée pour nous dire de nous rendre à un autre centre de santé, 44 km plus loin. Elle y a passé la nuit et nous avons dû l’emmener à l’hôpital le matin suivant à une distance de 36 km. En route vers l’hôpital, nous avons traversé la rivière en deux points différents. Aussitôt arrivés à l’hôpital, elle est morte. »

La patiente est arrivée au centre de santé à environ 16 h...on ne peut pas la prendre en charge ici, car elle pourrait nécessiter une intervention [césarienne]. Nous avons prévu l’évacuer vers l’hôpital, mais notre ambulance ne fonctionnait pas depuis une semaine. Nous avons cherché en vain du transport dans le village pendant toute la soirée. Le matin suivant, nous nous sommes rendus au département de l’agriculture pour obtenir du transport, mais leur véhicule avait déjà quitté pour faire la ronde. Il est revenu vers les 11 h, puis a pu transporter la patiente à l’hôpital.

SOURCES :

http://www.reproductive-health-journal.com/
content/2/1/3

http://www.unfpa.org/news/news.cfm?ID=1025