L’avortement insalubre

L’AVORTEMENT INSALUBRE : Une intervention mortelle évitable sur le plan international

L’avortement insalubre est une des causes principales du décès maternel. Dans les régions où l’avortement est illégal ou pratiqué de façon inadéquate, des femmes décèdent en grand nombre en raison d’avortements sabotés et des complications ultérieures. Les femmes nécessitant des soins post-abortum éprouvent souvent de la discrimination entre les mains de fournisseurs de soins de santé et en souffrent par conséquent énormément. C’est une responsabilité professionnelle de traiter toutes les femmes lésées lorsque c’est possible et le fait de fournir aux femmes la capacité de décider quand et comment planifier sa famille est une question de droits sexuels et génésiques. L’avortement insalubre a des effets dévastateurs sur les familles, les communautés et les pays et mérite une attention immédiate pour prévenir des décès inutiles.

Qu’est-ce qu’un avortement insalubre?

Les avortements insalubres sont souvent pratiqués par des personnes non qualifiées qui n’ont pas les compétences, ou ils sont auto-infligés. Ces avortements ont souvent lieu dans des conditions non hygiéniques et comprennent le recours à des méthodes dangereuses ou l’administration incorrecte de médicaments (Organisation mondiale de la Santé). Dans le cas de complications, aucune assistance n’est disponible.

Des fournisseurs de soins de santé déclarent avoir eu à prendre en charge des femmes dont l’avortement insalubre a été provoqué par l’insertion d’objets pointus, comme des bâtons, des tiges de fer chaudes, des produits chimiques puissants comme des agents de blanchiment, par l’absorption de diverses substances toxiques ou par l’administration de coups puissants sur l’abdomen. Si des complications surviennent à la suite d’une intervention douloureuse et dangereuse, les femmes qui arrivent à l’hôpital peuvent se voir infligées un mauvais traitement ou être négligées de la part des fournisseurs de soins de santé qui sont contre l’avortement, ou craignent la persécution des autorités locales. Des mesures doivent être prises pour protéger les fournisseurs de soins de santé et encourager la responsabilité professionnelle. L’avortement insalubre n’est pas synonyme d’avortement illégal et prend place au sein et à l’extérieur du cadre légal. Selon le contexte, les normes et les compétences médicales du fournisseur de soins de santé peuvent varier.

Ils m’ont introduit une tige de fer, c’était très douloureux. Je vomissais et je ressentais du désespoir.

-Témoignage d’une femme nigérienne à la BBC.

Qui est touché par l’avortement insalubre?

Selon le site www.reproductiverights.org, à toutes les minutes, 40 femmes subissent un avortement insalubre, dont 10 sont âgées entre 15 et 19 ans. Qui plus est, 95 % des avortements insalubres ont lieu dans des pays en voie de développement.

Effet disproportionné. Plus de la moitié des femmes dans le monde vivent dans des pays où elles n’ont pas accès à un avortement sûr. Par ailleurs, bon nombre de ces femmes ont un accès restreint aux contraceptifs et, dans certains cas, ont de la difficulté à négocier les conditions de leur vie sexuelle. Un quart de tous les avortements insalubres sont pratiqués sur des adolescentes qui ont probablement peu d’éducation sur la planification familiale et leur grossesse entraîne un grand embarras et de la stigmatisation. Dans certaines sociétés, le fait d’être célibataire et enceinte peut en fait être une menace pour la vie. Les jeunes femmes sont plus susceptibles de retarder la décision de subir un avortement, ce qui accroît les risques.

Les femmes vivant dans des zones de conflit, comme réfugiées et en tant que personnes déplacées à l’intérieur du territoire connaissent des conditions beaucoup plus difficiles. Leur accès à un approvisionnement médical, dont ceux lié à la planification familiale, est quasi-inexistant. La pratique du viol comme arme de guerre ajoute de la complexité à ces conditions. Dans des situations de conflit et de purification ethnique, le viol et le viol en bandes peuvent être monnaie courante, dont la principale conséquence est l’ostracisme des femmes de leur communauté en raison de la violation et de l’enfant qui en résulte. En ayant subi un avortement insalubre, ces femmes sont moins susceptibles d’avoir accès à des soins post-abortum.  Le FNUAP a révélé que 25 % à 50 % des décès maternels dans les camps de réfugiés sont attribuables à l’avortement insalubre.

Pourquoi les femmes ont-elles recours à l’avortement insalubre?

Ce n’est pas un choix facile, si elles ont le choix. Bon nombre de raisons expliquent le choix d’un avortement insalubre chez les femmes. Elle a peut-être déjà assez d’enfants; elle a été agressée; elle ne peut pas se permettre les coûts pour élever un enfant; ou elle ne veut tout simplement pas d’enfants. Dans les pays comme le Canada où l’avortement n’est pas illégal et est pratiqué par des fournisseurs de soins compétents, il est extrêmement rare qu’une femme décède des suites d’un avortement. Toutefois, dans les pays en voie de développement, une grossesse non désirée peut souvent mener à un décès prématuré. Avant que l’avortement ne soit décriminalisé au Canada, les femmes étaient forcées de subir des avortements insalubres dont les conséquences étaient dévastatrices.

Les femmes envisagent rarement la question de l’avortement à la légère. Selon les conditions dans lesquelles elle est devenue enceinte, une femme peut de façon réaliste percevoir que le risque d’un avortement insalubre peut l’emporter sur le danger que constitue les membres de sa famille ou de sa communauté envers sa grossesse. Même dans les pays où l’avortement est légal, ou légal dans des circonstances particulières, les avortements insalubres ont tout de même lieu. Les coûts élevés, la pénurie de fournisseurs de soins de santé, les lacunes en matière d’équipement ou l’incapacité à démontrer ou à respecter les critères nécessaires pour obtenir l’avortement pourraient influencer sa décision à subir un avortement insalubre.

L’avortement médical : Les nombreuses utilités du misoprostol

L’avortement médical se définit comme l’utilisation de médicaments pour interrompre une grossesse. Il est parfois appelé avortement non chirurgical ou interruption volontaire de la grossesse. Une combinaison posologique de mifépristone et de misoprostol est couramment utilisée; cependant, dans le cas échéant, le misoprostol peut être utilisé seul (il est aussi beaucoup moins dispendieux). Ces médicaments entraînent une fausse couche chez une femme en bloquant l’action progestative (mifépristone) et en contractant l’utérus (misoprostol). Les avortements médicaux sont une intervention non effractive qui peut provoquer un avortement prématuré, qui est plus accessible, plus sûr, moins médicalisé et moins dispendieux. Aucune chirurgie ou anesthésie n’est nécessaire. Le misoprostol est un médicament également utilisé pour prévenir et prendre en charge l’hémorragie post-partum. Bien que perçue par certains comme une solution partielle potentielle à l’avortement insalubre, dans les pays où l’avortement est illégal, l’utilisation du misoprostol pourrait être limitée ou interdite dans les hôpitaux, les cliniques et les cabinets.

Qu’est-ce que la Politique de Mexico City, c’est-à-dire la Global Gag Rule (GGR) (règle du bâillon à l’échelle internationale)?

La GGR empêche tout organisme non gouvernemental étranger d’utiliser des fonds américains voués à la planification familiale aux fins de services ou de consultation en matière d’avortement légal, d’orientation des patientes vers des options d’avortement sûr, de transmission des faits sur les conséquences de l’avortement insalubre, ou de participation à un débat public, que ce soit à caractère informel, qui pourrait améliorer l’accès à des services d’avortement sûr. La GGR n’interdit pas les discours contre l’avortement. La politique s’applique même si l’avortement est légal et si les organismes ont recours à des fonds autres qu’américains pour toute activité énumérée ci-dessus. (www.iwhc.org)

La Global Gag Rule a d’abord été imposée en 1984 par le président Ronald Reagan et, bien qu’ayant été abolie par le président Clinton, la politique a été remise en vigueur par le président George W. Bush lors de sa première journée  en poste. Les fonds américains conditionnels assujettis à la GGR font tort aux femmes les plus vulnérables au monde, dont les victimes de viol et de violence sexuelle. Cette politique a entraîné la fermeture de bon nombre de centres de santé à l’intention des femmes et l’interruption de projets dans le cadre desquels l’avortement ne constituait qu’une infime partie du mandat. La majorité de ces centres et projets faisaient la promotion des services de planification familiale et en fournissaient l’accès, comme la transmission de renseignements sur la santé sexuelle et la contraception, ainsi que la prestation de renseignements et de soins liés à la grossesse. La GGR a également eu pour effet que les organismes ne soient pas en mesure de diversifier leur financement; en acceptant des fonds du President’s Emergency Plan for AIDS Relief (PEPFAR) (Plan d’urgence du président pour contrer le sida), ils ne sont pas en mesure de travailler avec des organismes qui discutent d’avortement ou d’en accepter le financement.

Que peut-on faire?

Permettre l’accès à la planification familiale : La première étape logique est d’aider les femmes à avoir accès aux moyens leur permettant de contrôler leur fertilité. L’accès à la planification familiale, y compris les renseignements, les moyens contraceptifs et d’autres articles liés à la santé génésique, sont nécessaires pour garantir que chaque enfant est désiré.

Former les professionnels de la santé : Former les professionnels de la santé afin qu’ils puissent pratiquer des avortements, ainsi que prodiguer des soins post-abortum. Cela comprend la prise en charge des complications qui peuvent survenir à la suite d’avortements insalubres, ainsi que la fourniture d’approvisionnement.

Consigner : La consignation d’incidences résultant d’avortements insalubres et des effets négatifs au moyen de techniques, comme les vérifications relativement à la mortalité maternelle, peuvent encourager les réactions fondées sur les données de la part des gouvernements et des décideurs politiques.

Encourager la politique et l’élaboration de programmes axées sur la recherche : Les données nous révèlent que, peu importe les dispositions légales, les femmes auront recours à l’avortement. Il est important que les mesures et les politiques fassent état des données au nom des femmes.

Faire en sorte que la question de l’avortement demeure entre une femme et son médecin : Professez pour que l’avortement demeur confidentiel entre une femme et son médecin, exempt de l’interférence de l’État.

Protéger les fournisseurs de soins de santé : Professez pour mettre en place et élaborer des politiques et des lois visant à protéger les travailleurs en soins de santé qui pratiquent des avortements ou prodiguent des soins post-abortum.

Défendre les droits : Des politiques comme la Global Gag Rule font tort aux femmes. Faire pression auprès des gouvernements et des décideurs politiques pour qu’ils apportent des solutions au problème de l’avortement insalubre constitue une mesure sociale importante, empêchant ce problème de demeurer clandestin.

Adopter une approche en matière de droits sexuels et génésiques : Les droits sexuels et génésiques sont des droits de la personne et méritent qu’on leur accorde la priorité. Les fournisseurs de soins de santé ont une responsabilité envers les femmes, peu importe leurs choix personnels et, par conséquent, doivent dispenser des soins post-abortum.

Donner accès aux populations vulnérables : Étant donné que les femmes défavorisées sont les plus touchées par l’avortement insalubre, des efforts doivent être mis de l’avant pour financer le coût de l’intervention et de la prise en charge des complications, lorsqu’un avortement insalubre a été pratiqué.

Pour obtenir plus de renseignements :

www.guttmacher.org
www.who.int/reproductive-health/unsafe_abortion/index.html
www.populationaction.org
www.figo.org

Les données sont indéniables. On a démontré que les lois restreignant l’avortement entraînent une augmentation de la mortalité maternelle… Pouvons-nous atteindre un consensus de façon à épargner la vie de femmes littéralement et à grande échelle? Les femmes qui ont recours à l’avortement insalubre sont désespérées. ..En quoi le blâme et la persécution peuvent-ils résoudre le problème? La société est-elle moins portée à se préoccuper de la vie de femmes défavorisées? La collaboration avec nos sociétés membres au moyen du partenariat avec nos organismes collaborateurs fournira des options réfléchies en vue du progrès.

Dr Dorothy Shaw, présidente, Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique (FIGO)

Les données :

  • Sur les 42 millions d’avortements qui ont lieu tous les ans, seulement 22 millions sont pratiqués dans un contexte sûr et légal.
  • Près de 80 000 femmes décèdent tous les ans des suites d’un avortement insalubre et des millions d’autres sont gravement blessées.
  • En Amérique latine, 21 % de tous les décès maternels sont causés par des avortements insalubres.

Compte tenu de la nature clandestine des avortements insalubres, il est très difficile de suivre et de connaître la fréquence de ces avortements. Les données susmentionnées sont approximatives; toutefois, les spécialistes ne les considèrent que comme étant la pointe de l’iceberg et que bon nombre d’autres avortements insalubres sont pratiqués, donnant lieu à un nombre de cas plus élevé de mortalité et de morbidité.