Les hommes en tant que partenaires en santé sexuelle et génésique

LES DEUX FONT LA PAIRE  : Les hommes en tant que partenaires en santé sexuelle et génésique

Il peut être tentant d’associer la santé sexuelle et génésique (SSG) à la femme. Après tout, les femmes vivent la grossesse et non les hommes. Les femmes sont essentiellement perçues comme étant responsables de la planification familiale. Puisqu’on perçoit encore les soins aux enfants comme étant le domaine traditionnel des femmes, celles-ci portent souvent sur leurs épaules un fardeau plus lourd dans l’éventualité où la méthode de contraception échoue. Toutefois, l’impact des hommes sur la santé génésique est maintenant perçu comme un facteur déterminant pour améliorer la santé de chacun.

La (presque) égalité des femmes

À l’échelle mondiale, les questions relatives aux droits des femmes continuent de faire l’objet de discussions et de débats. Un total de 185 pays, soit plus des 90 % des membres des Nations Unies, font partie de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). Il s’agit du traité international le plus reconnu sur la discrimination sexuelle. Cependant, bon nombre de pays n’ont pas ratifié des articles déterminants de la Convention, ou n’ont pas réussi à mettre en vigueur des lois qui, du moins en théorie, mettent les hommes et les femmes sur un même pied d’égalité.

Un fait troublant demeure : dans bon nombre de pays, les femmes luttent encore pour l’égalité sexuelle.  La réalité est que bon nombre de femmes ne sont pas libres de contrôler et de protéger leur propre santé sexuelle et génésique. Dans ces pays, même des mesures minimes, comme de demander à son partenaire de porter un condom ou à son médecin de subir un test de dépistage des ITS, peuvent avoir des répercussions graves pour les femmes. Dans certaines situations, le seul fait de prendre la responsabilité de sa santé sexuelle et génésique peut donner l’impression qu’une femme est infidèle ou trop disponible sexuellement, la mettant à risque d’ostracisme ou même d’abus. Lorsque les hommes contrôlent l’accès aux services de santé sexuelle et génésique des femmes, même les femmes qui veulent tirer avantage de ces services peuvent ne pas être en mesure de le faire.

« L’égalité des sexes et la transformation sociale qu’elle implique ont une meilleure chance de se concrétiser quand les hommes reconnaîtront qu’hommes et femmes sont interdépendants dans leur vie quotidienne et que chacun tire profit de l’autonomisation des femmes. »

— État de la population mondiale 2005 du FNUAP

Idéaux traditionnels de la masculinité

Dans des situations où les droits de la femme ne sont pas pris en considération, les déclarations d’idéaux masculins traditionnels peuvent rapidement devenir des abus de pouvoir. Dans certains pays, les femmes pourraient ne pas être en mesure d’avoir accès à des soins médicaux pouvant sauver leur vie si leur mari refuse de les laisser partir pour l’hôpital, empiétant sur les droits fondamentaux des femmes consistant à pouvoir se déplacer et être en santé. En période de conflit, les femmes sont particulièrement ciblées et assujetties à la violence sexuelle. 

Le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) révèle qu’au moins « une femme sur trois est battue, contrainte à avoir des rapports sexuels ou est victime d’autres sévices » au cours de sa vie, la plupart du temps par quelqu’un qu’elle connaît. Dans son rapport État de la population mondiale de 2005, le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a révélé que « une femme sur quatre environ est l’objet de sévices durant la grossesse, ce qui met en danger tant la mère que l’enfant. » Ces actions ne représentent pas seulement des atteintes aux droits fondamentaux des femmes. Elles démontrent que lorsque les droits des femmes sont menacés, les vies de femmes le sont aussi.

Les conceptions rigides de la masculinité sont dangereuses pour les femmes qui vivent dans ce contexte, et ne sont pas mieux pour les hommes qui doivent s’y conformer. Lorsque les hommes sont encouragés à avoir des relations sexuelles avec plusieurs partenaires, alors qu’on décourage les femmes à comprendre la santé sexuelle et génésique, le prix est élevé pour tous. La perte de productivité et les dépenses en soins de santé non nécessaires découlant de problèmes évitables ne sont que le début des coûts sociaux encourus. Lorsque l’autonomisation des femmes demeure un outil vital pour le développement, la réalité est telle que les hommes auraient autant à gagner à promouvoir la santé sexuelle et génésique ainsi que l’égalité sexuelle. Davantage de choix signifie une plus grande liberté pour les femmes ainsi que pour les hommes. Heureusement, des mesures récentes pour intégrer les hommes en tant que partenaires en santé sexuelle et génésique se sont avérées grandement efficaces.

 « Les hommes ont un rôle décisif dans le processus d’instauration de l’égalité entre les sexes car, dans la plupart des sociétés, ce sont eux qui exercent l’essentiel du pouvoir dans presque tous les domaines, des décisions personnelles ayant trait à la taille de la famille à l’élaboration des politiques et programmes à tous les niveaux de gouvernement. Il est impératif d’améliorer la communication entre les hommes et les femmes sur les questions concernant la sexualité et la santé en matière de procréation, et de leur faire comprendre leurs responsabilités communes, pour qu’ils soient associés sur un pied d’égalité dans la vie publique et dans la vie privée. »

— Programme d’action de la CIPD

Une solution de rechange saine

Lorsque les hommes prennent part aux décisions et à l’éducation en matière de santé sexuelle et génésique, les résultats sont à la fois plus solides et durables. Lorsque les hommes participent à l’éducation prénatale, les consultations pour soins prénatals sont plus fréquentes et les taux de mortalité périnatale diminuent considérablement. Ces hommes ont également de meilleures connaissances à propos de la planification familiale et une meilleure compréhension des besoins nutritionnels de leur partenaire pendant la grossesse. La connaissance des hommes en matière de questions liées à la santé génésique du processus de l’accouchement facilite également l’accès aux soins obstétricaux d’urgence pour les femmes, le cas échéant. Les hommes au courant des problèmes potentiels sont plus susceptibles de s’assurer que leur partenaire reçoive les soins nécessaires. Par conséquent, la santé des femmes, ainsi que celle de leur nouveau-né, s’améliorera.

Faire participer les hommes en tant que partenaires peut également avoir un effet important sur la propagation des ITS comme le VIH/sida. Dans les pays en voie de développement, les emplois à grande mobilité, comme l’industrie du camionnage, sont occupés dans une grande majorité par des hommes. Ces camionneurs qui paient pour des relations sexuelles facilitent la propagation du VIH/sida entre les communautés le long des parcours de camionnage. Les programmes de sexualité protégée conçus pour réduire la propagation de la maladie en ciblant les travailleuses du sexe peuvent échouer si les femmes ne sont pas dans une position pour négocier une sexualité protégée. Cependant, les programmes de sexualité protégée visant à faire reconnaître aux camionneurs les risques de la sexualité non protégée sur la santé, à la fois pour eux et pour les autres, peuvent avoir un effet considérable sur la réduction de la propagation du VIH/sida.

Une nouvelle conversation

En bout de ligne, l’outil le plus important pourrait être d’incorporer les hommes au discours sur l’égalité sexuelle. Une compréhension des femmes comme étant des égaux qui méritent d’être en santé, en sécurité et indépendantes est déterminante pour promouvoir les droits génésiques. L’expérience de certains pays latino-américains, où l’éducation sur la santé génésique et l’égalité sexuelle a été mise en place dans l’armée, a également démontré que la participation des hommes peut comporter des avantages pour tous et peut même avoir une influence sur la société civile en général.  Des programmes visant à faire participer des hommes au dialogue sur l’égalité sexuelle et les droits génésiques ont démontré des résultats sous forme de respect accru pour les co-travailleuses, des changements en ce qui a trait aux stéréotypes liés au sexe, des relations améliorées entre les pères et les adolescentes, un plus grand soutien envers les droits génésiques des femmes et une demande accrue de condoms.

Alors que les besoins des femmes ne devraient jamais être ignorés en faveur de la participation des hommes, les problèmes de santé génésique ne peuvent être résolus en abordant que la moitié de l’équation. La reconnaissance des responsabilités que les hommes ont dans la sauvegarde de leur propre santé et de celle de leur partenaire est cruciale pour assurer que les besoins en santé génésique de chacun sont respectés.

« Les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour éliminer la discrimination à l’égard des femmes dans le domaine des soins de santé en vue de leur assurer, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, les moyens d’accéder aux services médicaux, y compris ceux qui concernent la planification de la famille. »

— Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW)

Photo: Ilona Hale