Mortalité maternelle

L’accouchement ne devrait pas être synonyme de décès : Mortalité maternelle dans les pays aux ressources restreintes

Partout dans le monde, des femmes continuent de décèder des suites de l’accouchement. Il est déplorable qu’une expérience aussi naturelle et vitale puisse constituer une expérience aussi terrible pour environ 287,000 femmes qui décèdent des suites de la grossesse ou de l’accouchement dans le monde chaque année. Lorsqu’on observe les données, il existe un lien manifeste entre la pauvreté et la grossesse à risque, puisque 99 % de ces décès se produisent dans les pays en développement.

Tandis que des centaines de milliers de femmes y laisseront leur vie, la morbidité touchera considérablement la qualité de vie de bon nombre de femmes. Pour chaque femme qui décède à l’accouchement, 20 souffrent de conditions débilitantes comme la fistule obstétricale ou d’autres lésions aux voies vaginales. Environ 15 % de toutes les grossesses comporte des complications potentiellement dangereuses qui nécessitent des soins qualifiés, soulignant l’obligation morale de se dévouer et d’en faire davantage pour les femmes les plus désavantagées au monde.

Le décès d’une femme, une myriade de pertes

Quelle est la conséquence de perdre plus que 800 femmes tous les jours en raison de l’accouchement? Ces femmes sont des mères, des sœurs, des partenaires, des filles et des collègues, qui contribuent grandement aux vies des personnes qui les entourent.

Lorsque des femmes décèdent, la santé et la productivité d’un pays en souffrent. Dans les pays où les taux de mortalité maternelle sont les plus élevés, les femmes sont les principaux fournisseurs de soins aux enfants et maintiennent l’ordre de la vie quotidienne. Lorsque les femmes décèdent, les enfants sont souvent laissés à eux-mêmes. Un enfant dont la mère est décédée ou malade n’ira probablement pas à l’école ou ne recevra probablement pas de soins de santé. Cette affirmation est particulièrement vraie pour les filles. Un enfant sans mère est également quatre fois plus susceptible de mourir qu’un enfant dont la mère est encore vivante.

Investir dans les femmes, ça rapporte

On a récemment mis l’accent sur la valeur économique des femmes et sur la façon dont la mortalité chez les femmes touche négativement l’économie d’un pays, créant une lacune grave pour le pays en voie d’évolution. Les statistiques démontrent que la valeur totale du travail à la maison et sur la ferme non rémunéré d’une femme est l’équivalent du tiers du produit national brut mondial. Les recherches démontrent également que le revenu des femmes est destiné à la nourriture, à l’éducation, aux médicaments et aux autres besoins familiaux, soit un investissement direct dans le bien-être de la famille. Selon les chiffres tirés de la conférence Les femmes donnent la vie, l’effet économique mondial annuel de la mortalité maternelle et néonatale équivaut à une perte de 15 milliards de dollars US en production potentielle annuelle.

Une question de droits sexuels et génésiques

Le décès maternel n’est pas seulement une histoire de nature médicale. L’absence de droits sexuels et génésiques est un facteur vital contribuant à cette conséquence. Lorsqu’on accorde la priorité à la vie des femmes et qu’on protège leurs droits, on peut observer une chute rapide de la mortalité maternelle. Lorsque la volonté politique est de la partie et que la valeur est accordée à la vie des femmes, la mortalité maternelle peut être plus ou moins éradiquée.

Au nombre des pratiques courantes qui violent les droits sexuels et génésiques, on note l’excision génitale féminine, les mariages d’enfants, le viol et la violence sexuelle, la stérilisation forcée ou l’avortement, les grossesses ou les mariages non désirés, l’ignorance quant à la façon de se protéger contre les infections transmissibles sexuellement et bien plus encore. La mortalité maternelle est le résultat direct de la violation de ces droits.

Nous avons les réponses

Nous pouvons éviter la mortalité maternelle. Nous disposons des connaissances et des moyens médicaux pour prévenir ces décès. La mobilisation de la volonté politique et la promotion des droits sexuels et génésiques sont primordiales pour permettre aux femmes d’avoir accès aux services nécessaires pour assurer un accouchement sécuritaire. Au niveau international, trois piliers de la santé maternelle répondent efficacement à la mortalité maternelle :

  1. Accès à des services de santé génésique exhaustifs, y compris la planification familiale, les examens médicaux anténatals et postnatals, l’obtention de renseignements sur la santé sexuelle, etc.
  2. Accès à des soins qualifiés durant et immédiatement après l’accouchement. Les soins qualifiés proviennent d’une sage-femme, d’une infirmière ou d’un médecin qualifié et formé en soins obstétricaux d’urgence.
  3. Accès à des soins d’urgence lorsque des complications dangereuses pour la vie surviennent. Cela comprend la capacité d’atteindre un établissement de soins de santé dans un délai raisonnable dans l’éventualité de complications, comme une hémorragie post-partum ou la nécessité d’obtenir une césarienne, que des fournitures de santé adéquates soient à sa disposition et que du personnel médical soit en mesure de fournir des soins d’urgence et équipé pour le faire à l’arrivée de la patiente.

Lorsqu’il y a de la volonté, il y a des moyens. Nous disposons des connaissances et des moyens pour enrayer la mortalité maternelle pendant l’accouchement.

Photo par Dr Jean Chamberlain