L’excision génitale féminine

L’excision génitale féminine : Analyse d’une pratique traditionnelle préjudiciable

L’excision génitale féminine (EGF) est définie comme étant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux féminins externes ou une lésion aux organes génitaux féminins pour des raisons d’ordre traditionnel, culturel et religieux ou non médicales. On estime qu’entre 100 et 140 millions de filles et de femmes ont subi une certaine forme de cette pratique, dont environ 3 millions de fillettes devant s’y soumettre annuellement. L’excision génitale est plus courante en Indonésie, en Afrique subsaharienne, en Égypte et au Soudan.

Types d’excision génitale féminine

La circoncision ou sunna (type I) fait référence à l’excision du prépuce du clitoris. Une clitoridectomie (type II) fait référence à une intervention plus exhaustive où le clitoris et les petites lèvres sont excisés. On entend par excision ou infibulation (type III), soit l’intervention la plus radicale, l’ablation totale du clitoris, des petites lèvres et d’une partie des grandes lèvres, et on coud ensemble les grandes lèvres en ne laissant qu’un petit orifice qui permet le passage de l’urine et du flux menstruel. Les autres formes d’excision génitale féminine (type IV) peuvent comprendre la perforation, la cautérisation par brûlure, la scarification, l’étirement et d’autres formes d’excision des organes génitaux féminins externes.

L’EGF est couramment pratiquée par un membre féminin âgé de la communauté, souvent une sage-femme ou une aînée respectée de la tribu ou de la religion. Les praticiennes sont régulièrement vénérées pour leur rôle dans cette intervention et sont très bien rémunérées. L’intervention a habituellement lieu durant l’enfance, dans certains cas en bas âge ou à la puberté et, dans des cas plus rares, au moment du mariage. L’âge moyen à l’intervention se situe entre 4 et 10 ans. La fillette ne sait habituellement pas ce qui se passera, mais on lui fait croire que quelque chose de spécial et d’excitant est sur le point de lui arriver.

Les fillettes insistent souvent auprès de leur mère pour subir l’intervention, sans savoir qu’elle est douloureuse. On ne permet pas aux filles de savoir ce qui se produit ou d’observer l’intervention. Elles entendent souvent dire que lorsqu’elles se font infibulées, elles reçoivent des cadeaux spéciaux ou qu’elles sont traitées comme des petites princesses.

—Kowser Omer Hashi, Infirmière et sage-femme somalienne

Qu’en est-il de la terminologie?

On fait souvent référence à l’excision génitale féminine en utilisant les termes mutilation génitale féminine (MGF) et circoncision féminine. La désignation de cette pratique a fait l’objet d’un contentieux, tout comme la question en soi. Bien que les partisans de cette pratique tendent à utiliser le terme circoncision féminine, traçant des parallèles avec la circoncision masculine, les opposants jugent ce terme biologiquement incorrect et euphémique, privilégiant le terme mutilation génitale féminine, puisqu’ils perçoivent cette intervention comme étant ce qui se produit. Certains ont lancé une controverse à propos du terme mutilation, le percevant comme une désignation normative d’une intervention infligée à plus de 130 millions de femmes. Ce qui se résume à une mutilation pour certains est la norme pour d’autres. Par conséquent, le terme « excision » est plus couramment utilisé. L’excision génitale féminine est perçue comme la description la plus objective de ce qui se produit véritablement pendant l’intervention. Bon nombre d’organismes, tenant compte des capacités aliénantes du terme « mutilation », continuent de l’utiliser clamant que c’est le meilleur moyen d’attirer l’opposition à une pratique qu’elles estiment préjudiciable.

Pourquoi?

La sensibilisation à l’excision génitale féminine inspire souvent des questionnements chez ceux qui ne sont pas familiers avec cette pratique. Bien qu’on croie couramment que cette pratique traditionnelle est prescrite dans les écritures religieuses de l’Islam, il n’y a en fait aucun lien intégral entre la pratique et la doctrine de l’Islam. Les raisons invoquées pour la poursuite de cette pratique préjudiciable sont nombreuses. Bon nombre de ces raisons sont liées à l’histoire et à la tradition, les communautés clamant que c’est la façon dont les événements se sont toujours déroulés et si les familles cessent d’exciser leurs filles, elles seront affligées d’un nombre de conséquences néfastes. (Le premier cas d’excision génitale féminine a été observé sur une momie égyptienne qui remonte à 200 ans avant Jésus Christ).

Quel est donc le raisonnement à la base de cette pratique? D’abord, l’excision génitale féminine aurait pour but de préserver la chasteté de la femme, étouffant la nymphomanie et réduisant ses pulsions sexuelles, de façon à assurer sa virginité au moment de son mariage et sa fidélité et soumission envers son mari par la suite. Bon nombre clame que la pratique rehausse l’expérience sexuelle de l’homme et l’apparence esthétique de la vulve. Certains croient que les parties génitales excisées au cours de l’intervention sont des aspects « masculins » de l’anatomie et que leur excision assure la féminité des filles et marque le moment où elles deviennent des femmes. D’autres notions prévalent également, comme le retrait du clitoris afin de prévenir l’homosexualité et d’améliorer la fertilité et l’hygiène. La mythologie trouve également sa place dans ce contexte. Un autre avantage lié à cette pratique serait l’équilibre de la psychologie de la femme.

Quels sont les effets de l’excision génitale féminine?

Les conséquences négatives de l’excision génitale féminine sont multiples. Les complications médicales à court et à long terme sont courantes, tout comme les effets psychologiques. Les effets immédiats peuvent être la douleur extrême, le choc, l’infection, le tétanos, la septicémie, l’hémorragie,  des pertes sanguines, la rétention urinaire, des lésions aux organes contigus et parfois la mort. Les effets à long terme peuvent comprendre des kystes au foyer de l’infibulation, de la douleur chronique et de l’infection, le syndrome inflammatoire pelvien, des abcès à la vulve, l’infertilité attribuable à la scarification et à l’infection, des probabilités accrues de travail prolongé et de dysfonction sexuelle. Des femmes ont déclaré souffrir des effets psychologiques à la suite de cette intervention, tels que cauchemars et anxiété, dépression, craintes d’avoir des relations sexuelles, craintes de devenir enceinte, colère, perte de confiance et rancœur, alors que d’autres déclarent éprouver des sentiments de fierté, d’inclusion et de beauté.

Opposition internationale

La Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique (FIGO) a émis une résolution sur cette pratique en 1994 stipulant que l’EGF est contraire à l’éthique et viole les principes des droits de la personne. D’autres organismes internationaux importants s’opposent également à cette pratique, y compris l’OMS, l’UNICEF, le FNUAP et la Confédération internationale des sages-femmes. Des déclarations, des ententes et des protocoles internationaux dénoncent également cette pratique. Les stratégies courantes visant à réduire cette pratique comprennent la criminalisation, les campagnes d’éducation publique, le réseautage avec les dirigeants communautaires, religieux, politiques et culturels qui s’opposent à cette pratique.

Pratique non indiquée sur le plan médical – les risques de la médicalisation

Aucun avantage médical ne découle de la pratique de l’EGF. En fait, la pratique viole les droits de la personne au plus haut niveau de santé atteignable et à l’intégrité du corps en l’absence de tout avantage médical. Il s’agit de discrimination fondée sur le genre et une violation des droits de l’enfant. Les tentatives récentes consistant à demander à des médecins de pratiquer l’EGF au moyen de produits anesthésiants et d’équipement stériles sont perçues comme voulant rendre cette pratique légitime et visant à étouffer l’opposition.

La peau de la vulve et du vagin est normalement souple et élastique de façon à s’étirer facilement pendant l’accouchement pour permettre au bébé d’être expulsé sans difficulté. L’EGF rend la zone dense et dure en raison de la cicatrisation et l’expulsion du bébé est très difficile.

— Okumephuna Chinwe Celestine, Nigeria

Que fait-on pour contrer cette pratique?

Pour tenter de maintenir les traditions, des rites de passage de rechange ont été proposés pour remplacer l’EGF. On fait la promotion de retraites pour les fillettes en puberté où, comme solution de rechange pour les familles désirant rendre hommage à leurs traditions culturelles, on aborde l’importance de l’hygiène personnelle et le rôle en tant que femmes et où on célèbre au moyen de chansons et de danses. Dans certaines communautés, des établissements sécuritaires pour les fillettes ont été établis. Le fait que des dirigeants politiques et religieux expriment leur opinion contre l’excision génitale féminine constitue un outil important en vue de mettre fin à cette pratique. L’éducation publique entourant les mythes concernant l’EGF constitue une autre stratégie.

Par ailleurs, bon nombre de pays ont banni cette pratique, la rendant illégale et incriminant des praticiennes à l’occasion. La criminalisation n’a pas entraîné une réduction considérable de l’EGF. Bien qu’on voie d’un bon œil la criminalisation de cette pratique, des préoccupations légitimes sont exprimées sur le fait que cette pratique devienne davantage clandestine, faisant ainsi courir des risques encore plus dangereux aux fillettes qui subissent l’intervention. Pour en arriver à une prévention durable, on tente de former les praticiennes dans d’autres domaines lucratifs de façon à ce qu’elles ne comptent plus sur leur revenu en tant que praticiennes d’EGF.

Les hommes doivent prendre part à ce mouvement pour mettre fin à la pratique. Bon nombre de femmes craignent que leurs filles ne trouvent pas de maris si elles n’ont pas été excisées. Les organisations cherchent à impliquer activement les hommes dans le dialogue sur les effets néfastes de l’EGF dans le but de mettre fin à cette pratique.

La pratique de l’excision génitale féminine au Canada

J’ai déjà eu un accouchement normal auparavant, mais lorsque le médecin m’a examiné, il m’a dit que j’étais comme une bombe prête à exploser et de consulter un des miens qui pourrait pratiquer mon accouchement.

— Femme excisée et citée dans
Female Genital Mutilation and Obstetric Care

Les fournisseurs de soins de santé canadiens doivent être au courant de la pratique. Des femmes excisées ont connu des expériences négatives aux mains de fournisseurs de soins de santé canadiens, d’autres ont été satisfaites par la sensibilité et le soutien des médecins et des sages-femmes.

Prendre soin des femmes avec sensibilité et respect est important et chacune mérite qu’on protège ses droits sexuels et génésiques. Les fournisseurs de soins de santé pourraient être mal à l’aise de prendre en charge une femme ayant été excisée sur le plan génital, surtout si on leur demande de pratiquer une réinfibulation. Les directives cliniques de la FIGO et les publications de l’OMS sur l’excision génitale féminine et des ouvrages tels que Female Genital Mutilation and Obstetric Care par Beverley Chalmers et Kowser Omer-Hashi peuvent aider les fournisseurs de soins de santé à connaître les pratiques optimales pour prendre en charge ces femmes.

Ressources suggérées :

Livre : Female Genital Mutilation and Obstetric Care, par Beverley Chalmers et Kowser Omer-Hashi
Film : Mooladé par Ousmane Sembene
Web : Female Genital Mutilation Education and Networking Project  à www.fgmnetwork.org
Résolution : Résolution de la FIGO sur les mutilations génitales féminines, www.figo.org

Où l’EGF est-elle plus prévalente?
Source : FGM Education Network

Indonésie 99 %
Guinée 98,6 %
Égypte 97 %
Somalie 90-98 %
Mali 91,6 %
Djibouti 90-98 %
Soudan 90 %
Erythrée 88,7 %
Sierra Leone 80-90 %
Éthiopie 79,9 %
Burkina Faso 76,6 %
Gambie 60-90 %

 

Une femme non excisée met en danger son mari ainsi que son bébé. Si la tête du bébé entre en contact avec le clitoris non excisé pendant l’accouchement, le bébé sera atteint d’hydrocéphalie [excès de liquide dans la tête]. Le lait de la mère deviendra empoisonné. Si le pénis de l’homme entre en contact avec le clitoris de la femme, il deviendra impuissant.

Female Genital Mutilation Education and Networking Project

Une vulve non excisée n’est pas hygiénique . . .aucun homme ne veut épouser une femme non excisée. Tout le monde se moquerait de lui.

Female Genital Mutilation Education and Networking Project