Les mariages précoces

JUSQU’À CE QUE LA MORT NOUS SÉPARE : Comprendre les risques des mariages précoces pour la santé sexuelle et génésique

L’enfance et l’adolescence sont habituellement les plus belles années de la vie. Cette période est abrégée, toutefois, lorsque le mariage et les responsabilités d’adultes sont imposés trop tôt. Bien que la plupart des pays aient déclaré que l’âge minimum légal du mariage soit de 18 ans, la pratique de marier les filles à un âge précoce est répandue dans bon nombre de pays en développement. En 2002, le Population Council a prévu qu’au cours de la prochaine décennie, plus de 100 millions de filles du monde entier se marieront avant d’atteindre leur 18e anniversaire. Certaines n’auront pas plus de huit ou neuf ans et beaucoup seront données en mariage contre leur gré.

Le mariage précoce comporte bon nombre de conséquences sur la santé sexuelle et génésique des fillettes et la plupart d’entre elles ne connaîtront jamais les expériences marquantes de l’adolescence.

De (pas si) bonnes intentions

La décision de marier une jeune fille est la plupart du temps prise par les parents ou la communauté. Les normes sociales et reliées au genre, les croyances culturelles et la situation économique contribuent tous à la pression exercée pour que les jeunes filles se marient en bas âge. Certains parents estiment qu’en mariant leur fille en bas âge, ils l’aident à réaliser sa principale fonction sociétale, soit celle de femme et de mère. Ils peuvent également croire qu’ils lui fournissent une protection en limitant ses relations sexuelles à un seul partenaire (et en réduisant par conséquent le risque d’ITS et de VIH), et en assurant une certaine stabilité financière tant à la mère qu’à la famille.

Peu importe leurs intentions, la réalité est qu’un mariage précoce n’offre généralement aucune protection du tout. En fait, c’est plutôt le contraire qui se produit; on empêche de nombreuses jeunes filles de se prévaloir de leur enfance, de leurs rêves, de leurs droits de la personne fondamentaux et de leur santé.

La santé sacrifiée

Tandis que les parents croient protéger leur fille de la transmission des ITS et du VIH, ils lui font encourir essentiellement plus de risque. Les maris sont souvent beaucoup plus âgés et pourvus d’une plus grande expérience sexuelle, parfois se mariant en étant déjà infectés par des ITS ou le VIH. Des études menées au Kenya et en Zambie montrent que les jeunes femmes mariées contractent le VIH à un taux plus élevé que leurs compagnes du même âge sexuellement actives, mais non mariées, de la même région.

On exerce une grande pression sur les jeunes mariées pour qu’elles aient des enfants immédiatement après le mariage, ce qui non seulement interrompt les efforts de réduction de la transmission des ITS par l’intermédiaire du recours aux condoms, mais fait encourir aux jeunes filles un risque accru de décès maternel. Les filles âgées entre 15 et 19 ans sont prédisposées aux  complications pendant la grossesse et l’accouchement, y compris la fistule obstétricale. Elles sont également plus susceptibles d’avoir des enfants de faible poids, de se nourrir inadéquatement et de souffrir d’anémie. La santé de ces jeunes mères est d’autant plus compromise, puisqu’elles sont plus à risque de développer le cancer du col de l’utérus plus tard dans leur vie.

 « Les adolescentes mariées ont été très généralement oubliées dans l’agenda du développement et de la santé parce que leur situation de famille passe pour leur assurer une transition sans risque à l’âge adulte. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. »

— Thoraya Ahmed Obaid, directrice exécutive de l’UNFPA

L’impuissance

L’impuissance associée au mariage chez les enfants entraîne un autre danger pour la santé génésique. L’autonomie et la liberté des jeunes mariées sont souvent limitées, et celles-ci ne sont pas en mesure de négocier les relations sexuelles, l’utilisation de contraceptifs, la grossesse et d’autres aspects de la vie domestique. L’incapacité de négocier le recours aux condoms les place dans une position vulnérable pour ce qui est de la transmission des ITS et du VIH.

L’inégalité des normes relatives au genre et la grande différence d’âge entre les époux accroissent également le risque de violence conjugale. Les femmes qui sont mariées en bas âge sont plus susceptibles d’être battues ou menacées et de croire que la violence de leur mari est justifiée.

L’isolement

Dès qu’elle est mariée, la jeune fille doit habituellement laisser derrière elle sa famille, ses amis et sa communauté  et déménager dans la maison de son mari. Ses études scolaires sont interrompues, éliminant une autre source de soutien social et d’éducation continue. En raison de sa liberté restreinte à sortir de la maison et à converser avec d’autres personnes, la fille est laissée à elle-même avec peu de moyens, sinon aucun, pour obtenir des renseignements sur la santé génésique. Souvent, elle ne peut avoir accès aux services de santé, puisqu’elle doit demander la permission à son mari pour recevoir ces services et, s’il refuse, elle n’est souvent pas en mesure de payer ses soins elle-même. Sans renseignements sur la santé ou accès à des services sociaux, la fille n’est pas en mesure de trouver du soutien. Ses problèmes restent méconnus ou ignorés par la communauté et elle devient une victime invisible.

La fin des rêves

En raison du mariage précoce, la jeune fille n’a pas la possibilité de vivre son enfance pleinement. On ne lui permet pas de réaliser ses rêves et d’avoir des aspirations. Ses droits sont violés et elle perd le droit de choisir comment vivre sa vie. Son droit de choisir le moment où elle deviendra enceinte et le nombre d’enfants qu’elle veut avoir ne lui appartient plus. Sa santé sexuelle et génésique est sacrifiée, parfois au point de menacer sa vie.

La difficulté de faire accepter le changement

Faire changer les normes sociales et relatives au genre a toujours comporté des difficultés. Les familles et les communautés, y compris les garçons et les hommes, doivent comprendre les risques associés au mariage chez les enfants et prendre part au processus de changement. Les filles mariées, impuissantes et isolées, ont besoin de soutien. Mais que peut-on faire?

Offrir des occasions aux filles de poursuivre leur éducation ou de gagner un salaire est une stratégie pour retarder le mariage, tout en aiguisant leurs compétences et en leur faisant part des options disponibles dans la vie. Au Bangladesh, la mise en œuvre d’un programme de bourses scolaires au secondaire à l’intention des filles a entraîné une réduction du taux des mariages précoces. Une période d’études prolongée et la prestation d’une formation pour un travail permet de renforcer l’autonomie et la liberté des filles.

Bien que des lois interdisant le mariage précoce existent dans la plupart des pays, on doit déployer encore plus d’efforts pour faire en sorte que ces lois soient respectées.

Il reste encore du travail à faire pour ce qui est de réduire les obstacles auxquels se heurtent les jeunes femmes afin d’obtenir des services et des renseignements en matière de santé à l’extérieur de leur foyer, dont l’accès à des programmes de planification familiale.

Les programmes à l’intention des jeunes sont efficaces pour éduquer et autonomiser les jeunes femmes (ainsi que les jeunes hommes) sur la santé et les droits génésiques. Les programmes de ce genre devraient être encouragés et disponibles non seulement dans les écoles, mais aussi dans les communautés et les régions rurales.

Les projets d’éducation publique et de défense des droits qui visent les décideurs politiques pourraient être utiles pour prévenir le mariage précoce ainsi que pour rendre visible les problèmes et les risques auxquels sont confrontées les jeunes mariées. 

Peu importe les efforts déployés pour implanter le changement, un élément demeure certain : nous nous devons d’aborder de façon holistique et simultanée la santé, l’éducation et les besoins économiques et sociaux des jeunes filles. En abordant le changement d’attitudes parmi les communautés, les traditions culturelles et religieuses doivent être envisagées et intégrées à la solution.

« J’ai été promise à un homme avant d’avoir 10 ans. Ce fût un mariage traditionnel. Lorsque le moment est arrivé, ma famille m’a envoyé chez la famille de mon mari. Lorsque je l’ai vu, j’ai compris qu’il était plus âgé que mon père. »

— Extrait du film Too brief a child

Le mariage précoce est une violation aux droits sexuels et génésiques d’une fille, lesquels comprennent le droit :

  • à la norme la plus élevée en matière de santé sexuelle;
  • d’être libre de toute forme de coercition, de discrimination, de violence et d’abus;
  • aux relations sexuelles consensuelles;
  • de vivre une vie sexuelle satisfaisante, sécuritaire et agréable;
  • de choisir un partenaire et d’avoir un mariage consensuel;
  • de chercher, d’obtenir et de transmettre des renseignements et à l’éducation liés à la santé sexuelle, dont des renseignements sur la façon de se protéger contre une grossesse non désirée, les ITS et le VIH/sida;
  • de décider librement et de façon responsable du nombre d’enfants, de l’intervalle entre les grossesses, du moment pour en avoir et des moyens pour y arriver;
  • d ’accéder aux services de santé génésique et sexuelle (les filles mariées se voient souvent refuser l’accès aux établissements de santé, car elles doivent obtenir le consentement de leur mari avant d’obtenir des soins en santé sexuelle et génésique).

Dans certains pays, la majorité des filles sont forcées de se marier avant d’atteindre 18 ans :

Niger 76 %
Rép. dém. du Congo 74 %
Népal 60 %
Afghanistan 54 %
Inde 50 %