Cancer du col de l’utérus

Fardeau déséquilibré :
Le cancer du col de l’utérus dans les pays aux ressources restreintes

Au Canada, si une patiente reçoit quelques tests de Pap anormaux, les cliniques et les centres médicaux lui offrent un suivi. Si des résultats anormaux pointent en fait vers une occurrence de lésions cervicales, les mesures appropriées seront prises. On informe la patiente qu’elle a probablement contracté le virus du papillome humain (VPH), le virus responsable des verrues génitales et des lésions précancéreuses des voies génitales basses qui, en l’absence de traitement, peut entraîner le cancer du col de l’utérus. Il y a peu de moyens pour prévenir la propagation de ce virus puisqu’il se transmet habituellement par des contacts sexuels de peau à peau. Le protocole habituel en matière de sexualité protégée n’est pas un moyen efficace de prévention et les tests facilement accessibles ne sont pas disponibles pour le dépistage chez le(s) partenaire(s). Les condoms ont peu d’effet sur la propagation. On informera la patiente que la plupart des cas d’infection au VPH disparaissent par eux-mêmes, toutefois, certains ne disparaissent pas. On prendra ensuite les mesures appropriées, comme une colposcopie, qui comprend un examen du vagin et du col de l’utérus à l’aide d’un microscope, pour détecter et prendre en charge les lésions anormales et pour s’assurer que ces lésions n’évoluent pas en une condition néfaste. On s’attend alors à ce que la patiente se soumette à un suivi régulier et à une évaluation pour assurer que ces lésions ne réapparaissent pas et, le cas échéant, qu’elles soient prises en charge sur le champ. Bien que ce processus soit désagréable et peut-être inquiétant, il permet de  prévenir le développement du cancer du col de l’utérus, une maladie qui entraîne le décès de bien des femmes qui n’ont pas la possibilité de se prévaloir de ce processus. Sans contredit désagréable et inquiétant, le fardeau du cancer du col de l’utérus touche des collectivités entières dans les pays en voie de développement en s’appropriant la vie de femmes.

Le dépistage est le premier pas dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus; mais imaginons les ressources en jeu. Un programme de dépistage idéal comprend, sans ordre particulier, une bonne couverture de la population cible, des services d’orientation, le suivi de la patiente, du personnel adéquatement formé, l’équipement essentiel, des protocoles de traitement, un contrôle de la qualité des tests de dépistage, des soins ponctuels et adéquats, des campagnes d’éducation publique et de prise de contact efficaces, de la documentation et des systèmes d’avertissement des patientes efficaces, pour ne nommer que ceux-là. Les pays aux ressources restreintes dont les centres de santé et les hôpitaux n’ont pas l’infrastructure, le financement, les ressources, la formation, l’équipement et le personnel adéquats peuvent rarement desservir les besoins du service des urgences. Bien que bon nombre des solutions de dépannage faisant l’objet de discussion dans le présent article ne nécessitent pas une liste exhaustive de ressources, les difficilités sont manifestes. Dans les cas où le système de soins de santé est poussé à ses limites, restreint ou dispendieux, il est courant pour les gens de ne chercher à obtenir des soins médicaux qu’en période d’urgence seulement. Une démarche préventive et holistique envers les soins de santé, au moyen d’examens réguliers et d’une prise en charge active des symptômes primaires, demeure un objectif même au sein des systèmes de soins de santé les mieux équipés et les plus efficaces. Dans les pays aux ressources restreintes et intermédiaires, les gens tendent à consulter un fournisseur de soins de santé seulement lorsque les problèmes se manifestent. Dans le cas du cancer du col de l’utérus, cette tendance s’avère dévastatrice pour la femme, puisqu’à ce moment, le cancer a fréquemment atteint un stade avancé. S’il n’est pas trop tard, elle pourrait nécessiter une chirurgie effractive ou une radiothérapie, qui ne sont souvent pas disponibles dans ces pays et entraînent des conséquences considérables pour la femme et sa famille. En l’absence de traitement, son cancer entraînera essentiellement une agonie douloureuse et le décès.

Des tests de PAP réguliers? De quoi s’agit-il?

Le cancer du col de l’utérus est le deuxième cancer en importance qui touche les femmes partout au monde. En l’an 2000 seulement, 288 000 femmes sont décédées des causes du cancer du col de l’utérus. Plus de 80 % de ces femmes vivaient dans des pays en voie de développement. Dans les pays aux ressources restreintes, il s’agit du cancer le plus courant touchant les femmes et constitue un facteur important de mortalité chez les femmes. Lorsque les femmes décèdent, les familles, les collectivités et les pays en souffrent. Dans les pays aux ressources restreintes, les femmes sont habituellement les principaux fournisseurs de soins, s’occupant de la maisonnée et pourvoyant aux besoins de leurs enfants du mieux qu’elles le peuvent. Bien des conséquences macro et micro découlent du décès d’une femme. Les enfants en bas âge sont les plus vulnérables et souffriront le plus. Pour les femmes qui jonglent pour joindre les deux bouts, dépenser de l’argent pour des examens médicaux préventifs est rarement une priorité. Dans ces pays, on parle rarement de tests de Pap, sans mentionner qu’ils sont peu abordables sur le plan financier.

Décès des suites du cancer du col de l’utérus : long et douloureux

Les femmes souffrant d’un cancer du col de l’utérus à un stade avancé tendent à se présenter dans des hôpitaux ou des cliniques déclarant des saignements, des douleurs pelviennes et des symptômes urinaires.  Même avec d’excellents soins médicaux, si le cancer s’est répandu aux zones externes de la région génésique, à d’autres organes comme la vessie, le rectum et le pelvis, le traitement connaît un taux de succès de moins de 5 % des cas. En l’absence de traitement, les excroissances sur le col de l’utérus prennent de l’expansion, se répandant dans le vagin et à d’autres zones du corps causant des saignements irréguliers et une obstruction des voies urinaires. Les femmes connaîtront une hémorragie et décèderont d’anémie et d’urémie. La douleur fait peu l’objet de discussion. Le décès des suites du cancer du col de l’utérus, sans accès à des médicaments, est atroce.  Dans les pays où le VIH/sida est prévalent, bon nombre de femmes séropositives pour le VIH sont incapables de lutter contre une infection au VPH, laquelle peut éventuellement mener au décès par cancer du col de l’utérus, entraîné par le sida.

Solutions raisonnables :

Il était une fois le dépistage. Heureusement, bon nombre de solutions donnant de bons résultats ne nécessitent pas la liste exhaustive susmentionnée des besoins du programme de dépistage et la créativité accompagnant la recherche a indiqué des méthodes de dépistage plus simples.

L’OMS estime qu’un dépistage ponctuel chez les femmes d’environ 40 ans pourrait réduire les probabilités de fatalité attribuables au cancer du col de l’utérus de 25 à 30 % si elles font l’objet d’un suivi adéquat. Puisque le cancer du col de l’utérus progresse lentement, ce dépistage ponctuel pourrait empêcher que le développement de ces cellules anormales devienne fatal.

Les merveilles du vinaigre - IVA. La méthode la plus recommandée et la plus accessible pour le dépistage du cancer du col de l’utérus dans les pays aux ressources restreintes est appelée inspection visuelle au moyen de l’acide acétique (IVA). Méthode relativement rentable, ce test comprend l’écouvillonnage du col au moyen du vinaigre (acide acétique) qui soulignera efficacement les différences dans la structure cellulaire et les taux d’absorption, blanchissant les cellules précancéreuses. Le fournisseur de soins de santé peut utiliser cette méthode sans grossissement, au moyen d’une source lumineuse et de leurs yeux pour déterminer la nécessité d’une inspection plus approfondie. Des études démontrent qu’il s’agit d’une méthode très efficace pour déterminer les signes précurseurs ou l’existence du cancer du col de l’utérus, des études différentes indiquant que l’IVA est en mesure de détecter entre 65 % et 95 % des cas nécessitant un examen plus approfondi. Bien que cette méthode ne soit pas aussi approfondie que le test de Pap, et moins efficace sur les femmes postménopausées en raison de changements physiologiques, l’acide acétique est une merveilleuse solution pour les pays aux ressources restreintes.  Grâce à une formation adéquate, les infirmières et les sages-femmes de diverses localités peuvent effectuer ce test, assurant un meilleur dépistage aux femmes. Dans certains cas, l’IVA se fait au moyen d’un grossissement de faible puissance pendant l’intervention, donnant des résultats encore plus précis. Nécessitant une infrastructure relativement minimale, cette technologie rudimentaire fournit une grande occasion pour les pays aux ressources restreintes et les pays en transition de détecter le cancer du col de l’utérus, soit à quelques pas vers l’éradication de décès inutiles.

Le vaccin anti-VPH – Une question de temps?

Récemment, les pays développés ont été témoins de l’avènement de la vaccination anti-VPH, maintenant à la disposition des filles et des femmes comme moyen efficace de prévention du cancer du col de l’utérus. Bien qu’elle ait fait l’objet de controverses, la vaccination a été accueillie comme méthode de protection contre les cancers liés au VPH. La vaccination aura-t-elle des retombées et sera-t-elle accessible dans les pays aux ressources restreintes? Probablement pas sans des pressions exercées auprès des gouvernements, des institutions et des sociétés  pharmaceutiques.

C’est une question d’injustice d’avoir une grande partie de la solution à la majorité des cas de cancer du col de l’utérus présentée seulement à la population qui en souffre le moins.

La vaccination est perçue comme l’une des meilleures méthodes et des plus réalistes de prévention du cancer du col de l’utérus dans les pays en voie de développement. Bien que l’élaboration de l’infrastructure et des capacités d’un système qui pourrait offrir le test de Pap et d’autres examens approfondis demeure idéale, la vaccination réduirait rapidement le nombre de femmes qui contractent le VPH tous les ans, nombre qui s’élève à plus d’un demi-million annuellement. Bien que la vaccination fonctionne mieux en combinaison avec le dépistage, elle fournit une occasion de prévention. La recherche est présentement en cours pour déterminer les exigences et les pratiques optimales pour mettre en œuvre un programme de vaccination dans les pays aux ressources restreintes et faire pression auprès de leurs gouvernements à ce propos.

Impossible? Pas du tout!

Bien que les obstacles pour les femmes des pays aux ressources restreintes puissent sembler énormes à surmonter en ce qui concerne l’accès à des programmes de dépistage de qualité et à la vaccination anti-VPH selon les conditions, nous devons nous rappeler des luttes qui ont donné lieu à des gains considérables lorsque la justice, la motivation et une bonne planification étaient de la partie. Lorsque les médicaments  antirétroviraux (ARV) ont d’abord été élaborés et mis à la disposition des pays aux ressources abondantes pour prolonger la vie des gens séropositifs pour le VIH, l’accès à ces médicaments pour les gens des pays en voie de développement était considéré comme étant impossible. Les gens avançaient que les prix étaient trop élevés et que les programmes de dissémination ne pourraient pas être organisés efficacement. Bien qu’il y ait encore du chemin à faire pour que tout le monde puisse obtenir les médicaments antirétroviraux nécessaires, les sceptiques n’auraient jamais imaginé le progrès réalisé par des gens et des organismes de partout en matière de défense des droits, de mobilisation et d’adoption de mesures qui ont contribué à l’accès aux médicaments pour tous visant à améliorer la vie.  Dans le cadre de nos efforts pour offrir aux femmes atteintes du cancer du col de l’utérus de meilleurs soins, n’oublions pas ces leçons importantes.

Nous implorons l’industrie de fournir des approvisionnements adéquats de ces nouvelles technologies à des prix réduits.

Global Call to Stop Cervical Cancer

Le cancer du col de l’utérus représente un pourcentage élevé de décès des suites du cancer chez les femmes de l’Amérique latine et des Caraïbes, soit 49,2 % à Haïti, par rapport à 2,5 % en Amérique du Nord. Ces taux élevés découlent de problèmes liés à l’accès aux services et à la qualité de ces services.

DR MIRTA ROSES
Directrice, Organisation panaméricaine de la santé / OMS-ACCP

Ressources :

Et puis maintenant? Que peut-on faire?

  • Les gouvernements, les donateurs, les partenaires en développement et les autres intervenants devraient allouer les ressources financières nécessaires afin de mettre à la disposition de tous les technologies permettant de sauver des vies.
  • L’industrie devrait fournir les prix appropriés et minimiser les obstacles à l’accès à de nouvelles technologies.
  • Sensibiliser le public et encourager la collectivité à faire pression auprès de leur système de santé pour rendre la vaccination anti-VPH disponible.
  • Les membres de la communauté médicale peuvent apprendre et puiser des renseignements des autres et renseigner leurs patients sur le cancer du col de l’utérus et la prévention de cette maladie, ainsi qu’approuver et émettre des directives cliniques sur les nouvelles technologies de prévention et de traitement.
  • Encourager un meilleur usage des connaissances, des ressources et de la recherche existantes pour entretenir des partenariats plus efficaces et pour mettre en œuvre des traitements.
  • Les gouvernements, les organismes de santé et les autres intervenants du domaine de la santé pourraient mettre le cancer du col de l’utérus sur leur liste de priorité et allouer les ressources nécessaires afin d’obtenir un effet durable.
  • Les organisations de la société civile peuvent travailler en partenariat afin d’apporter un changement mondial et placer et maintenir le cancer du col de l’utérus à l’ordre du jour.
  • Superviser et responsabiliser les intervenants.