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Établissement d’un consensus mondial pour l’élimination de la mutilation génitale féminine



La Journée internationale de la tolérance zéro envers les mutilations génitales féminines (MGF), qui a lieu tous les 6 février, vise à sensibiliser le public à la pratique néfaste de la mutilation génitale féminine et à promouvoir des mesures pour son éradication. La MGF est une violation des droits humains et pose d'énormes risques pour la santé des femmes et des filles, dont des complications à l'accouchement et le décès maternel. En tant que professionnels de la santé œuvrant dans le domaine de l'obstétrique-gynécologie, nous avons un rôle important à jouer pour permettre l'éradication de cette tradition néfaste et pour assurer le droit de chaque femme à la santé, à l'intégrité physique et à la vie.

Un récent rapport publié par l'UNICEF, intitulé The Dynamics of Social Change: Towards the Abandonment of Female Genital Mutilation/Cutting in Five African Countries, explore les interventions concluantes qui ont entraîné un changement d'attitude envers la MGF et une baisse de la prévalence de cette pratique néfaste. Dans chacun des cinq pays, la MGF a été présentée dans un cadre de travail des droits humains, faisant la promotion du dialogue au sein de la communauté en plus d'une analyse des croyances et valeurs locales. Grâce à des discussions et à des ateliers pédagogiques, les communautés ont été en mesure d'appliquer les théories sur les droits humains à leur contexte local particulier et d'examiner la valeur et les conséquences des traditions qui persistent. Cette démarche permet aux communautés d'entreprendre un changement social transformateur en faisant en sorte que ses membres prennent leurs propres décisions éclairées afin d'abandonner la pratique de la MGF, plutôt que d'attendre que des décisions soient prises par des sources externes.

La mutilation génitale féminine est ancrée dans une dynamique sociale complexe, la pratique touchant la désirabilité d'une fille en vue d'un mariage et le statut social familial au sein d'une communauté. La conformité aux normes sociales est également récompensée et la non-conformité entraîne des sanctions sur le plan social. Une déviation de la norme sociale a des conséquences énormes, dont l'exclusion sociale, l'ostracisme et la violence. Même lorsque les gens croient fortement qu'on ne devrait pas pratiquer la MGF, la pratique se poursuit, parce que les conséquences sociales de non-conformité semblent l'emporter sur les conséquences pour la santé. Le rapport de l'UNICEF mise sur la nécessité que les communautés déclarent publiquement leur engagement collectif à abandonner la pratique de la MGF afin qu'un changement se produise. Comme il est indiqué dans le rapport, les membres de la famille abandonneront la pratique de la mutilation/excision génitale féminine lorsqu'ils seront convaincus que la majorité ou la totalité d'entre eux prendront la même décision en même temps.

Afin d'établir un consensus parmi une communauté ou au sein de tout un pays voulant en finir avec la pratique de la MGF, tous les acteurs doivent harmoniser leur approche et travailler de concert sur la dissémination des mêmes messages. La loi doit être appliquée et les services doivent être accessibles pour superviser l'engagement des communautés à mettre fin à la pratique. Les dirigeants religieux doivent prendre une part active à ce processus en déclarant publiquement que la fin de la tradition des MGF n'aura pas de conséquences sur le dévouement religieux d'une personne. Les campagnes médiatiques peuvent jouer un rôle important pour encourager le changement social, en parlant et en débattant ouvertement des sujets tabous.

Aussi, les professionnels de la santé ont un rôle important à jouer pour ce qui est de disséminer des renseignements sur la MGF et d'influencer le public à remettre en question cette pratique et à envisager des options de rechange. En déclarant publiquement qu'ils sont opposés à la pratique de la MGF, les professionnels de la santé sont en mesure d'influencer les autres et d'aider à établir un consensus visant un abandon collectif de la pratique. L'exemple de l'Égypte est donné dans le rapport expliquant comment la position décisive des professionnels médicaux a donné une plus grande légitimité et crédibilité au mouvement d'abandon de la MGF. Un groupe de professeurs universitaires et de jeunes médecins de ce pays ont établi un mouvement appelé Doctors against FGM/C (Médecins contre la mutilation/l'excision génitale féminine) en vue sensibiliser davantage les professionnels de la santé aux dangers de la MGF et aux lois en place qui criminalisent la pratique, rappelant au personnel médical que la MGF viole les codes nationaux et internationaux de l'éthique médicale.

Dans bien des pays, les gens se tournent de plus en plus vers les professionnels médicaux pour pratiquer l'excision génitale dans l'intention de minimiser les risques pour la santé qui peuvent en découler. Comme nous avons pu l'apprendre du rapport de l'UNICEF toutefois, la médicalisation de la MGF n'aborde pas la dynamique sociale complexe associée à cette pratique; elle ne permet pas aux gens de faire état des croyances actuelles et d'envisager des solutions de rechange; elle ne change pas les attentes en matière de récompenses et de sanctions associées à la conformité et à la non-conformité; elle ne tient pas compte du fait que cette pratique est une violation des droits des femmes; mais elle rend plutôt légitime cette pratique en la mettant sous la responsabilité de la pratique médicale. Même si les conséquences pour la santé sont réduites, la médicalisation de la MGF contribue très peu à l'abandon de cette pratique. Une compréhension de la dynamique sociale complexe de la MGF est nécessaire et les efforts pour éradiquer cette tradition néfaste doivent faire participer des communautés entières, en tenant compte des normes sociales courantes en place et en offrant des solutions de rechange créatives pour maintenir et soutenir les traditions et les croyances culturelles.

Les efforts visant un changement collectif sont renforcés chaque fois qu'une déclaration publique en faveur de l'abandon de la pratique de la MGF est faite. La communauté médicale internationale peut contribuer à susciter le changement collectif au niveau local en mobilisant les professionnels de la santé partout au monde pour qu'ils déclarent publiquement qu'ils s'opposent à la pratique de la MGF, qu'ils s'en tiennent au code de déontologie médical et qu'ils s'abstiennent de pratiquer tout type d'excision génitale. En établissant un consensus mondial pour l'abandon de la pratique de la MGF, nous renforcerons le travail des membres des communautés locales qui tentent d'instaurer le changement en mettant en valeur le fait de ne pas pratiquer d'excision. Que la question de la MGF nous soit présentée dans notre pratique quotidienne ou non, nous avons chacun un rôle à jouer, soit d'exprimer notre soutien à l'éradication de la mutilation génitale féminine.


Lire le rapport d'UNICEF "The Dynamics of Social Change: Towards the Abandonment of Female Genital Mutilation/Cutting in Five African Countries"

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