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Le projet de la FIGO en Uruguay se conclut par un succès exceptionnel



Depuis 2006, la SOGC a adopté un rôle de mentor dans le cadre de l'initiative Saving Mothers and Newborns de la FIGO dans cinq pays aux ressources restreintes. Ces projets visent à établir et à soutenir la capacité des associations en obstétrique-gynécologie et des sociétés de pratique de sage-femme dans des milieux aux ressources restreintes afin de mettre en œuvre des projets de maternités sans risques dans leur pays. Le projet de l'Uruguay, en particulier, a connu un succès remarquable.

Le projet de la FIGO en Uruguay intitulé To Protect the Life and Health of Uruguayan Women by Reducing Unsafe Abortions (Protéger la vie et la santé des Uruguayennes en réduisant les avortements insalubres), avait pour objectif de réduire le nombre d'avortements pratiqués dans des conditions risquées en Uruguay, afin de diminuer les taux de morbidité et de mortalité maternelles associés à l'avortement et de mettre en œuvre un modèle durable au niveau national pour atteindre cet objectif. Par l'intermédiaire du processus de jumelage de la FIGO, le Dr Lalonde a été nommé mentor de ce projet et a fourni du soutien à la fois à la Uruguayan Gynecological Society et à la Uruguayan Midwives Association.

Le Dr Lalonde participe de près au projet et à l'équipe de l'Uruguay depuis sa mise en œuvre. Il a récemment visité l'Uruguay pour participer à la célébration de clôture du projet de la FIGO, où il a partagé la tribune avec l'honorable José Mujica, président de l'Uruguay, ainsi qu'avec Daniel Olesker, ministre de la Santé publique. Le succès de ce projet a été célébré dans une grande mesure et a été couvert largement par les médias en faisant écho au message du président partout au pays : « Nous devons aborder les problèmes tête première et prendre des mesures pour sauver la vie de davantage de femmes ».

L'avortement demeure illégal en Uruguay depuis l'adoption de la constitution uruguayenne en 1938. Conformément à cette restriction, les fournisseurs de soins de santé avaient l'obligation légale de déclarer aux autorités les femmes qui avaient subit un avortement pour qu'elles subissent une sentence carcérale. Manifestement, de graves conséquences en ont résulté, non seulement pour les femmes, mais aussi pour l'établissement de relations de confiance entre les fournisseurs de soins de santé et leurs patientes. Il est bien connu que les femmes vivant une grossesse non désirée chercheront à se faire avorter, que l'intervention soit salubre ou non et qu'elle soit légale ou non. Comme c'est le cas dans chaque pays, ce sont les femmes les plus pauvres et les moins éduquées qui ont recours à l'avortement dans des conditions insalubres et qui y risquent leur vie.

Pour aborder les taux élevés de décès secondaires aux avortements insalubres en Uruguay, un groupe d'obstétriciens-gynécologues, de sages-femmes, d'anthropologues, de psychologues et d'universitaires préoccupés par la situation ont formé un organisme non gouvernemental appelé Iniciativas Sanitarias (IS) et ont élaboré une nouvelle stratégie afin de réduire les avortements insalubres basée sur les droits de la personne. Plutôt que d'aborder l'illégalité de l'avortement, le groupe IS milite pour le traitement éthique des patientes et a établi un modèle de prestation des soins qui mise sur la consultation privée et l'autonomisation des femmes pour les sensibiliser aux conséquences d'un avortement insalubre et pour les renseigner afin qu'elles prennent une décision éclairée. On encourage les femmes certaines de vouloir subir un avortement de s'auto-administrer du misoprostol plutôt que d'avoir recours à des services clandestins.

Après avoir fait l'essai de ce modèle dans un hôpital au cours d'une période de 15 mois et d'avoir obtenu des résultats très positifs, la Uruguayan Society of Gynecologists a soumis une proposition à l'initiative Saving Mothers and Newborns de la FIGO pour reproduire et mettre en œuvre le modèle du groupe IS dans huit établissements de santé supplémentaires, dans le but d'atteindre 70 % de la population uruguayenne, surtout les familles à faible revenu. Avant d'accepter la proposition de projet, le Dr Lalonde, représentant la FIGO, a insisté sur l'inclusion de la Uruguayan Midwives' Association en tant que partenaire. Après avoir négocié cette condition et avoir fait accepter l'approche concertée, le projet a été lancé en septembre 2006.

Grâce au soutien de la FIGO, le modèle du groupe IS a maintenant été mis en œuvre dans huit centres de santé en Uruguay. Selon le Dr Lalonde, « le projet a atteint son objectif et est entièrement durable ». En effet, le projet de la FIGO en Uruguay n'a pas seulement atteint ses but et objectifs fixés, mais il a surpassé les attentes et atteint des résultats exceptionnels. Après la conclusion du projet en août 2010, une firme de consultation a été engagée pour en évaluer les résultats. Dans le document de l'évaluation finale, le consultant a déclaré : « Je travaille à l'amélioration des services post-avortement dans de nombreux pays où l'avortement est illégal, mais je ne connais aucune autre stratégie qui peut se targuer de ce succès ».

Au nombre de certaines des réalisations du projet de la FIGO en Uruguay, on note un changement d'attitude parmi les professionnels de la santé et les non professionnels envers l'avortement à la suite d'ateliers conçus pour aborder les attitudes et les préjudices, ainsi que pour encourager la confiance mutuelle et la confidentialité des patientes; l'adoption de nouvelles directives cliniques et de normes de pratique et la formation sur celles-ci; la formation en prestation de services de consultation en matière d'avortement; l'amélioration de l'infrastructure clinique afin d'offrir le respect total de la vie privée aux patientes; la prestation de services à 2 717 femmes, y compris des services précédant et suivant l'avortement et des services de planification familiale; un partenariat renforcé entre la Uruguayan Gynecological Society et la Uruguayan Midwives' Association; des changements au programme d'enseignement des écoles nationales de médecine, de pratique de sage-femme, de soins infirmiers et de psychologie pour y inclure le modèle du groupe IS; et une réduction des décès secondaires aux avortements insalubres (depuis la mise en œuvre du projet, aucun décès attribuable aux complications de l'avortement n'a été déclaré dans les centres de santé participant au projet).

Parmi les résultats atteints les plus notables, on note l'adoption du modèle du groupe IS par le ministère de la Santé de l'Uruguay. Au moyen d'une technique de formation des instructeurs, le ministère de la Santé met actuellement en œuvre le modèle du groupe IS à l'échelle du pays, s'attendant d'offrir des services de consultation en avortement dans tous les centres de santé d'ici 2011. En outre, la défense des droits au nom du groupe IS a entraîné le gouvernement de l'Uruguay à adopter un décret (moins puissant qu'une loi, mais juridiquement contraignant) en 2004 et la loi 18-426 par la suite sur les droits sexuels et génésiques en 2008, qui stipule que les femmes qui envisagent l'avortement à la suite d'une grossesse non désirée doivent être en mesure d'obtenir des services de consultation pré-avortement et post-avortement, ainsi que des services de consultation pour la prévention de futures grossesses au moyen de la contraception.

Le succès du projet de la FIGO en Uruguay est l'exemple parfait de la nécessité d'un changement de paradigme dans les attitudes, ainsi que de la mise en œuvre de protocoles axés sur la réduction des préjudices pour aborder la question complexe de l'avortement. En abordant les préjudices causés par des avortements dangereux en tant que droits de la personne et problème de santé plutôt que l'illégalité des avortements, on a réussi à faire changer les attitudes et les comportements punitifs et paternalistes des fournisseurs de soins de santé envers les femmes qui ont accès à ces services.

Selon les résultats notables de ce projet, de nouveaux efforts internationaux sont en cours pour reproduire le modèle du groupe IS dans d'autres pays aux ressources restreintes où l'avortement demeure illégal. Comme l'explique le Dr Lalonde : « Le modèle du groupe IS a le potentiel de transformer la réaction des systèmes de santé envers les avortements partout dans le monde et, qui plus est, d'influencer les attitudes des professionnels de la santé. Je crois que tous les fournisseurs de soins de santé peuvent tirer profit de l'expérience de l'Uruguay, même les professionnels des pays aux ressources abondantes travaillant dans des pays aux ressources restreintes, comme ceux du Canada, où les lois sur l'avortement sont moins rigoureuses, mais où les besoins des femmes sont tous au même niveau ».

 

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